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Dimanche 8 mai 2011 7 08 /05 /Mai /2011 17:38

 

http://2.bp.blogspot.com/_GWL3LyNaQGw/S9oO_9zi_CI/AAAAAAAALfo/GHgTLmtkzyk/s400/10mai812.jpg

C'est assez marrant cette affaire de 10 mai 91.

Avec mon copain Bernard pas une fois où nos rencontres ne pointent des convergences et des divergences diverses et variées sur la situation politique. Divergences sur le PCF (il reste persuadé que celui-ci a en son sein les moyens d'une remise en route sur des bases anticapitalistes, et moi, ce n'est pas un secret, je suis persuadé du contraire).Mais accord sur l'urgence de luttes de haut niveau pour imposer d'autres choix..

Cela dit nous épistolons régulièrement par c@rnet et commentaires interposés pour nous dire très gentiment des choses qui sur le fond ont toutes les raisons de ne pas l'être et on discute.

Pour autant, à l'état d'aujourd'hui du PCF près, et en partageant la métaphore des eaux de 2012 qui pour moi incite à ne pas prendre la merpour cette croisière là, il n'y a que peu de chose à modifier pour partager sa définition du tour de passe passe qu'un démoniaque illusionniste de génie a réussi en 81.

Je vous le soumet brut de décoffrage.

http://jmboucheron.fr/images/198105AP1.jpg10/05/81 Rennes

 

 

Eh oui ! 30 ans.
Cela ne nous rajeunit pas, surtout pour ceux qui ont vécu ce moment où la gauche prenait le pouvoir à une droite exécrable: celle d'un gaullisme vacillant et celle de Giscard le casseur industriel.

 
Dans mon usine, c'est l'état de grâce. Je tempère et je me fais engueuler par des travailleurs qui croient que tout va leur tomber "tout cuit dans le bec", selon une vieille expression.

 
Le parti communiste dépasse à peine les 15 %: c'est un de ses plus mauvais score. Pourtant aujourd'hui un tel score nous réjouirait.
Nous nous sommes fait avoir par les socialistes. D'ailleurs portés par l'espoir nous n'avons même pas voulu voir que le sieur Mitterrand envisageait dés son élection à la tête du PS  de nous plumer ( voir discours de Vienne à l'internationale socialiste).

 
Il nous donnera que quelques ministres à des postes secondaires en 1981. Mais nous sommes contents.

 
La signature du PCF s'affiche encore (15 % c'est pas rien) et Mitterrand sait qu'il faudra composer avec cet électorat qui croit au changement possible et à la mise en œuvre d'un programme commun qui a pourtant été dénoncé auparavant. Le sillage dans la mer d'un gros bateau laisse toujours un moment des remous et le pilote Mitterrand sait qu'il va devoir aussi franchir quelques passes plus ou moins difficiles.

 
Dans un premier temps il va naviguer dans ces remous et ces passes. Il va nationaliser un certain nombre de groupes industriels et bancaires, permettre la retraite à 60 ans, les 39 heures, la suppression de la peine de mort. Ce n'est pas négligeable mais l'on sent déjà que les retro pousseurs dans la salle des machines commencent à pirouetter.

 
Au Congrès de la CGT, tenu à Lille en 1982, la ville du premier ministre Mauroy, c'est l'annonce d'un plan de rigueur sur les salaires. Le congrès manifeste son mécontentement. D'autres remous naissent, ceux de la déception.


Pourtant, dans les entreprises, les ouvriers y croient encore, je suis dirigeant de la FTM CGT, nous n'arrêtons pas de recevoir des demandes d'audiences afin d'être reçu par tel ou tel ministre.


Au début ce sont les ministres qui reçoivent puis petit à petit ce sont des collaborateurs qui informeront le ministre. Le pli est pris et on voit réapparaitre les casqués devant les ministères.


Dans la sidérurgie où Mitterrand était aller faire de grand discours pour dire qu'il sauverait les installations de Longwy et de Denain, dés 1983, le doute n'est plus permis: Mitterrand assassine Longwy et ce qui reste de Denain le deux grands symboles de la lutte pour l'industrie.


En 1984, les ministres communistes n'existent plus. Leur mission s'achève. Le parti communiste quitte un gouvernement qui n'a plus que le social-libéralisme comme orientation et Mitterrand gère les derniers remous du "cargo programme commun" d'inspiration communiste;  il peut dorénavant naviguer dans les eaux troubles du libéralisme à tout crin.


Il le fera tantôt avec la droite qui revient au pouvoir en 1986 et ensuite en 1988 avec Rocard qui nous invente la CSG et il continuera dans ce sens libéral jusqu'à son départ en 1995 avec un coup de poignard dans le dos de la classe ouvrière: Maastricht, qui redéfinit les règles établies à Rome en 1956 pour adopter celle d'une Europe prenant le cap de l'Europe libérale.
Le même scénario redevient comme une sorte de fantôme en 1998 avec Jospin et une gauche plurielle qui ira jusqu'à dire : «L'Etat ne peut pas tout» lors de licenciements boursiers de Lû.


Morale de ces histoires: vont-ils encore une fois blouser le peuple ?
Déjà se profile à l'horizon de 2012 les mêmes traine-savates du double jeu que leur a inculqué le maître-nageur Mitterrand; d'ailleurs ils ne se cachent pas pour dire qu'il fut leur mentor à tous:  de Strauss-Kahn, Chevènement, Royal, Aubry et même notre cher Mélenchon, candidature propulsée par Marie George Buffet et Pierre Laurent.


Mais avec un aspect essentiel, le contexte aujourd'hui n'est plus le même, le parti socialiste sait que si la mer reste calme jusqu'en 2012, si la tempête ne se déchaîne pas avant, le navire libéral mis en place dans les années Mitterrand, occupé tour à tour par des équipes cohabitantes de droite ou de gauche, pourra avec un pilote social-libéral éviter les remous populaires, les récifs communistes et quelques petites embarcations faisant du cabotage le long des côtes présidentielles.


Alors il ne tient qu'à nous, les travailleurs, pour d'une part ne pas se faire à nouveau "avoir" et surtout de faire comme le chien dans un jeu de quille: construire un vaste mouvement de lutte pour jeter bas les politiques libérales en cours et celles auxquelles nous destinent les chantres socialistes qui paradent du matin jusqu'au soir dans les étranges lucarnes télévisuelles.


C'est tout le bien que l'on peut se souhaiter en ce mois de mai où éclos toujours les révoltes.


Des peuples actuellement agissent: faisons en autant.
 
Bernard LAMIRAND



Je suis assez séduit par la fin de son papier.

Anecdote : 

11 mai 81- 11 h30 Dépot de Paris Sud Ouest. Pot de la victoire organisé par les deux cellules du parti. 200 gars en bleu et blouses qui chantent l'internationale, des vieux compagnons les larmes dans yeux et le chef d'établissement (membre d'un groupe d'entreprise du PS) qui annonce "camarade la vie va changer"... le glaçon de mon pastis me reste coincé dans la gorge.

10 mai 83, un bon camarade jette un cendrier à la tête de La Canaille et le traite de gauchiste pour avoir osé dire que depuis deux ans l'héritage n'est plus un arguments et qu'on attends des actes.  Un autre camarade qui approuva ce jour là, le copain irrité, quelques scrutins plus tard, après avoir erré électoralement y compris du coté de pêche chasse et machin après avoir copiné avec Arlette rentrera au bercail du vote utile dès le premier tour.

Peu de temps après ce 10 mai 83 Mauroy et Mitterrand, la cohorte des jeunes loups du PS qui sont les éléphants d'aujourd'hui et les dinosaures de demain, comme le rappel Bernard ,liquideront un des acquis de 68 : l'échelle mobile en instaurant la désindexation des salaires.

1984, première offensive  de masse pour au nom de la lutte contre le chômage des jeunes, casser le code du travail et institutionnaliser la précarité obligée chez les mêmes avec les p'tits boulot genre TUC. Colère, ils  sont dénoncés massivement. Pourtant, les mêmes qui font signer les pétitions, qui viennet manifester avec nous... discrètement nous demandent si on pourrait pas appuyer pour que son gosse, qui à la mairie, qui aux CE qui s'annoncent et pourquoi  pas au syndicat, bénéficie d'un contrat de ce type. Pire ou mieux dans le genre, des gamins de ceux qui en expliquent la nocivité en bénéficient. Mobilité et circulations professionnelles permettant de le vérifier, ce n'est pas localisé. Les déceptions et rancoeurs parfois conduiront à des jalousies voire des haines, ferments de division durable.

Mitterrand avait réussi son coup. Autre histoire encore que tellement liée à celle-ci. Après le coup de Jarnac ne restait plus à la bande à Blotin qu'à casser l'outil de l'intérieur en liquidant ou faisant remplacer les ouvriers disposant de mandat d'élu et en laminant le secteur entreprises du PCF, ce que Hue finalisera. Alors que; comme me le dit un camarade, obnubilés par le maintien de la faucille et du marteau dans le titre de l'Huma, nous ne voyions pas que ce hochet agité ostenciblement faisait diversion pour mieux casser l'outil et de lui limer ce qui lui restait de dents. 

Et là, pour lucide qu'il fut, sur cette attaque interne, La Canaille eu aussi sa part de naïveté, il fallu la trahison de 95 et ce refus incroyable et insupportable de la direction du PCF d'un comuniqué de soutien aux grèves à la SNCF qui préfigurait d'autres positionnements identiques, épisode vécu alors en direct et en responsabilité, sur place suivi par la farce de la participation en 97 pour finir de l'en extirper, le nier serait mentir. Là commence le second tome de la résistible décadence d'une organisation.

Je pense qu'avec Bernard,là, il n'est pas certains que nous soyons d'accord.

 

http://s2.lemde.fr/image/2006/01/02/600x300/726359_3_503e_francois-mitterrand-avec-le-marechal-petain.jpg

Cette photo dit tout. Mais surtout grâce à un environement familial permettant de savoir ce qu'elle raconte, voila pourquoi La Canaille peut se féliciter de ne jamais avoir voté Mitterrand. Dit autrement ; Deferre oui, Mitterand jamais. Et pourtant...Deferre!!

Cela ne retire en rien des responsabilités militantes dans l'approbation de la démarche du programme commun.

 


Par canaille le rouge - Publié dans : L'Utopie, çà se construit.
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