Quand Hugo se lève...

Publié le 10 Janvier 2016

Pour répondre à l'outrage

que Blummollet lui fit subir,

de rage,Canaille le Rouge

 s'en est allé chez le Père Hugo

recherchez dans ses mots

de quoi éclairer l'avenir.

 

Quand Hugo se lève...

Les rayons et les ombres (extraits) :

Victor Hugo_les rayons_et les ombres.pdf

Le poète en des jours impies

Vient préparer des jours meilleurs.

Il est l'homme des utopies ;

Les pieds ici, les yeux ailleurs.

C'est lui qui sur toutes les têtes,

En tout temps, pareil aux prophètes,

Dans sa main, où tout peut tenir,

Doit, qu'on l'insulte ou qu'on le loue,

Comme une torche qu'il secoue,

Faire flamboyer l'avenir!

 

Il voit, quand les peuples végètent!

Ses rêves, toujours pleins d'amour,

Sont faits des ombres que lui jettent

Les choses qui seront un jour.

On le raille. Qu'importe? il pense.

Plus d'une âme inscrit en silence

Ce que la foule n'entend pas.

Il plaint ses contempteurs frivoles ;

Et maint faux sage à ses paroles

Rit tout haut et songe tout bas!

 

Foule qui répands sur nos rêves

Le doute et l'ironie à flots,

Comme l'océan sur les grèves

Répand son râle et ses sanglots,

L'idée auguste qui t'égaie

À cette heure encore bégaie ;

Mais de la vie elle a le sceau!

Ève contient la race humaine,

Un oeuf l'aiglon, un gland le chêne!

Une utopie est un berceau!

 

De ce berceau, quand viendra l'heure,

Vous verrez sortir, éblouis,

Une société meilleure

Pour des coeurs mieux épanouis,

Le devoir que le droit enfante,

L'ordre saint, la foi triomphante,

Et les moeurs, ce groupe mouvant

Qui toujours, joyeux ou morose,

Sur ses pas sème quelque chose

Que la loi récolte en rêvant!

 

Mais, pour couver ces puissants germes,

Il faut tous les coeurs inspirés,

Tous les coeurs purs, tous les coeurs fermes,

De rayons divins pénétrés.

Sans matelots la nef chavire ;

 Les Rayons et les Ombres

Et, comme aux deux flancs d'un navire,

Il faut que Dieu, de tous compris,

Pour fendre la foule insensée,

Aux deux côtés de sa pensée

Fasse ramer de grands esprits!

 

Loin de vous, saintes théories,

Codes promis à l'avenir,

Ce rhéteur aux lèvres flétries,

Sans espoir et sans souvenir,

Qui jadis suivait votre étoile,

Mais qui, depuis, jetant le voile

Où s'abrite l'illusion,

A laissé violer son âme

Par tout ce qu'ont de plus infâme

L'avarice et l'ambition!

 

Géant d'orgueil à l'âme naine,

Dissipateur du vrai trésor,

Qui, repu de science humaine,

A voulu se repaître d'or,

Et, portant des valets au maître

Son faux sourire d'ancien prêtre

Qui vendit sa divinité,

S'enivre, à l'heure où d'autres pensent,

Dans cette orgie impure où dansent

Les abus au rire effronté!

 

Loin ces scribes au coeur sordide,

Qui dans l'ombre ont dit sans effroi

À la corruption splendide :

Courtisane, caresse−moi!

Et qui parfois, dans leur ivresse,

Du temple où rêva leur jeunesse

Osent reprendre les chemins,

Et, leurs faces encor fardées,

Approcher les chastes idées,

L'odeur de la débauche aux mains!

 

Loin ces docteurs dont se défie

Le sage, sévère à regret!

Qui font de la philosophie

Une échoppe à leur intérêt!

Marchands vils qu'une église abrite!

Qu'on voit, noire engeance hypocrite,

De sacs d'or gonfler leur manteau,

Troubler le prêtre qui contemple,

Et sur les colonnes du temple

Clouer leur immonde écriteau!

Rédigé par Canaille Lerouge

Publié dans #Hugo, #hauteur, #vision, #humanité

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Gagliano Michel 11/01/2016 10:58

Et lui ?... :
...
Plus d'imbéciles
pour attendre en foule béante
Que tombe un mot de la bouche du "maître".
Camarades,
Donnez un art nouveau
Qui tire
De la boue la République.
(1922) MAIAKOVSKI

Canaille Lerouge 11/01/2016 12:07

Oui mais le but était d'abord de ne pas laisser Hugo dans les mains de la réaction et faire que son ombre parisienne les écrase.