10 août 1944 - 10 août 2017

Publié le 10 Août 2017

Reprise in extenso

de la p@ge

que Canaille le Rouge

avait consacrée en 2014

à la grève insurrectionnelle

des cheminots en août 1944

 

10 août 1944 - 10 août 2017

Pour des raisons impératives, Canaille le Rouge ne sera pas ce soir à l'Arc de Triomphe.

Cela n'empêche pas du fond du phare ouest de commémorer ce qui à partir du tremplin des manifestations populaires du 14 juillet 1944 conduir au 10 aout qui reste dans l'Histoire le moment où la classe ouvrière déclenche l'insurrection parisienne qui vite va s'étendre.

10 août 1944 - 10 août 2017

Le 10 août, comme chaque année, la fédération CGT des cheminots commémore le déclenchement de la grève insurrectionnelle des cheminots.

 

Cette grève qui sera contestée par certains comme ayant été le déclencheur de l’insurrection. Les documents et archives maintenant rendent les faits incontestables.

 

Quinze jours après son démarrage, dans le Paris des barricades , celui des Républicains espagnol de la Nueve au sein de cette 2ème DB qui va épauler avec force l'insurrection rendue ainsi victorieuse, elle conduira à la reddition de Von Scholtitz. 

 

Une reddition reçu par Le Général Leclerc et Le colonel Rol Tanguy, Chef d’état major des FFI d’Île de France.

 

Chaque 10 août, cette commémoration est marquée par une cérémonie à l’arc de triomphe à 18H00. C’est la seule commémoration en ce lieu où le mouvement ouvrier et le syndicalisme sont reconnus dans sa globalité et sa singularité.

Cette année sera son 70 ème anniversaire. 

 

Canaille le Rouge qui est tout sauf militariste s’y rend depuis des années pour la mémoire et la fierté de sa profession, de ses camarades dont il a eu la chance de cotoyer les acteurs de ce moment, certains comme Jean Fumeaux ou Mimile Pruneau ayant été ses formateurs à l'activité militante.

 

Il y va aussi pour le plaisir de voir parfois de façon aigrie voire provocatrice les corps constitués en uniforme devoir saluer sa profession et sa fédération CGT.

 

Les retraités cheminots CGT ont publié dans leur bulletin de cet été 2014 un article sur le déroulement historiques des faits. Canaille le Rouge vous le propose. Il aide ainsi à montrer la place prise par une profession toujours à la pointe des luttes et qui tient lié en permanence l’intérêt général, la Liberté, le service public ses luttes pour ses revendications.

 

Cet évènement est public. Quiconque partage cette mémoire y sera le bienvenue.

1944 : l'été de la liberté reconquise.

Le Comité Parisien de la Libération  présidé par André Tollet secrétaire de l'UD CGT de la Seine tient réunion (clandestine) à Argenteuil  le 14 aout 44 après midi. Léo Hamon membre du C.P.L. rapporte la rencontre avec Robert Hernio dirigeant du comité de grève des cheminots :

"Un excellent militant nous a rendu [compte] de la grève des cheminots et demandé notre appui.

En rentrant dans Paris, j'apprends que l'ordre de grève a été donné à la Police. C'est bien vers l'insurrection que l'on va."

Robert Aron aussi membre du C.P.L. indique:

"Les cheminots sont en grève depuis le 12 août. Depuis le 14, les trains ne circulent plus. Le mouvement s'étend à toute la région parisienne, d'où aucun train ne part : pour briser cette grève, les Allemands ont procédé à quelques arrestations, mais sans résultat sur le déroulement de l'action qui se poursuit dans des conditions difficiles et dangereuses. Le représentant des Cheminots réclame :

1- le soutien moral de la Résistance

2- des armes

3- des fonds

Le CPL soutiendra la grève." (fin de citation)

Comment en sommes-nous arrivés à cette phase aiguë qui explosera dans l'insurrection parisienne et la libération ? Cela ne s'est pas déclenché sur un coup de sifflet.

Février 1944, les cheminots de Vitry conduits par Georges Pruneau dit Mimile (Marat dans la clandestinité), viennent fermement perturber le congrès de la fédération des cheminots officielle. Le 7 mars, les mêmes font 2h00 de grève en mémoire de Pierre Sémard (dès juin 40, l'occupant placarde partout que la grève est passible de la peine de mort). Le 1er mai voit des actions, prises de parole et sabotages dans tout le pays. Le 1er mai au soir la direction clandestine installe le comité central de grève des cheminots qui regroupe 8 grands centres de la RP. Dirigé par Robert Hernio, Mimile est son adjoint pour l'Ile de France.

Après le débarquement en Normandie et les avancées de l'armée rouge à l'est, l'espoir grandit et la tension monte. Le C.P.L. propose de faire du 14 juillet 1944 une grande journée de manifestation patriotique. Le Comité Populaire clandestin des cheminots de Vitry les appelle à se rendre à la statue de Rouget de L'Isle à Choisy.  A. Tollet note : "ceux de Masséna, Ivry, Vitry et Villeneuve venant en Renfort". 600 cheminots se rassemblent derrière une Citroën noire volée à la préfecture, pavoisée d'un drapeau tricolore et partent en chantant la Marseillaise. Un détachement allemand tente de les stopper et tire. Il y aura des blessés et des arrestations.  

Parmi les arrêtés ,7 cheminots de Vitry. Le 15, les gars de l'atelier refusent de prendre le travail. Pareil à Villeneuve et à La Plaine. Comité central de grève et comités populaires estiment que le moment est arrivé d'envisager la grève générale des cheminots. Fin juillet se tient une rencontre entre la direction de l'UD de la Seine  avec la direction clandestine. Il en sort un cahier revendicatif qui vaut ultimatum où la libération des emprisonnés est le premier point. Ce cahier sera déposé le 6 aout aux chefs  des 8 grands établissements avec exigence d'une réponse positive avant le 10 aout.

La date du 10 aout n'est pas choisie au hasard. Elle renvoie à la Révolution de française qui scande toute les initiatives patriotiques durant l'occupation (et souvent les pseudos des militants clandestin –Marat- Hoche, les détachements de FTP –Valmy, Carmagnole), le 10 aout 1792, le jour où le peuple de Paris et ses faubourgs déferle sur les Tuileries et s'en empare (journée alors  coordonnées par la "commune insurrectionnelle des sections). Pour faire libérer les arrêtés du 14 juillet et menacer d'une grève générale, la date est bien choisie.

Robert Hernio écrira qu'il rencontra l'état-major des résistants de la région sud de Paris pour assurer la protection du dirigeant clandestin qui prendrait la parole à Vitry.  Un FTP d'alors a raconté récemment à l'auteur de ces lignes comment le 9 aout  au soir son détachement installé dans une forêt de Seine et Marne reçut l'ordre de faire route vers le sud de Paris.

Il fallait que tous les centres partent en même temps mais des emprisonnés étant vitriots et la manif partie de l'atelier, il fallait que la grève parte de Vitry.

10 aout à 7h30 du matin. Dans une petite maison à côté des ateliers R. Hernio est pris en charge par un détachement de FTP armés et habillé de bleus. 8h30 Treins de la direction clandestine monte sur un établi au côté de Charles Heller dirigeant du Syndicat (il sera fusillé quelques jours plus tard avec plusieurs de ses camarades près du pont qui porte maintenant le nom de pont des fusillés). Après la prise de parole de Treins,  Ch.Heller  propose un vote à main levée pour la grève. Les bras se lèveront par centaines. Aucun contre,  pas d'abstention. La grève qui allait devenir insurrectionnelle était lancée.

Le 10 aout à midi, Hernio rencontre Tournemaine, Crapier, Barbet et Lucien Jean. Devant le succès du débrayage ils rédigent l'appel à la grève à tous les cheminots. Au soir, la direction clandestine fait le point : autour de Vitry dans la journée la grève s'étend  à Masséna et  Juvisy  Villeneuve SG. La présence importante de troupes allemandes à Ivry rend la situation plus complexe. Montrouge et Chatillon atelier et dépôt sont en grève. Au soir du 10 aout, 25 établissements de la SNCF ont débrayé.

Restait à arrêter tout le trafic. Pour cette seconde phase. Tournemaine est chargé de lancer l'opération avec les  cheminots de Batignolles en gare de Pont Cardinet. Dès le premier train stoppé en pleine voie les conducteurs de St Lazare emboitent le pas. Le 11 au soir le trafic sur la rive gauche (invalides) est paralysé. Pendant ce temps les rails sont déboulonnés à VSG, des dérives de locomotives à la Villette bloquent le dépôt, le 14 aout ne circulent que quelques trains conduits par une minorité d'ingénieurs. Il faudra leur faire entendre raison, le Comité central de grève édite un tract intitulé "mort à ceux qui conduisent les trains".

La place manque pour dire ce que furent les journées suivantes : l'épisode du train bourré d'explosifs évacué par les cheminots de Tolbiac sur les Ardoines, les combats au dépôt d'Ivry repris plusieurs fois, ceux de Montrouge. La place des cheminots pour garder l'outil de travail tout en  participant aux combats qui chassèrent l'occupant, arrêtèrent les traitres et organisèrent ensuite la reprise de l'activité.

Les cheminots dont ceux de notre région venaient d'entamer l'écriture d'une immense page de notre histoire.

 

Un des cheminots de Vitry, arrêté le 14 juillet lors de la manifestation vers Choisy  et déporté  profite d'une retraite amplement méritée, notre camarade Vignole. Que cette évocation lui soit dédiée.

Guy Hervy

Rédigé par Canaille Lerouge

Publié dans #luttes, #lutte de classe, #Libération, #Cheminots, #CGT, #Syndicalisme, #Résistance

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jean-marie Défossé 23/07/2014 20:07

Merci pour cette page d'histoire et un hommage personnel à ceux qui à l'époque , en ont fait le contenu ... quelquefois tragiquement pour eux-mêmes .
Il est dommage que nos livres d'histoire préfèrent , à ces faits très méritants de travailleurs , nous relater les couronnements des rois de France , les batailles de Napoléon ou les conquêtes coloniales d'une "certaine" France .